Histoire

Le livre: 175 ans au passage Lemonnier

livreplPublié sous la direction d’Olivier Hamal et Jacqueline Remits.

Découvrez, pour la première fois, l’histoire complète de la plus ancienne galerie commerçante de Belgique, à travers de nombreuses anecdotes : de sa construction sur des terrains conquis sur des biez de la Meuse, jusqu’à sa première rénovation, en passant par les grands moments de la vie de la Cité (inondations, guerres mondiales, essor commercial de l’après-guerre, etc.). C’est l’histoire d’un véritable quartier au cœur de la ville : photos et documents exclusifs ou étonnants, foisonnent au fil des pages du livre des 175 ans au Passage LEMONNIER.

 45.00 €  En vente à la Maison Declerck au Passage Lemonnier

 

Le passage de Lemonnier est un passage couvert au centre de Liège en Belgique qui abrite des commerces de tous types. Il relie le Vinâve d’Île à la rue de l’Université et est traversé, en son centre, par la rue Lulay des Fèbvres. Construit entre 1836 et 1838 par les architectes Louis-Désiré Lemonnier et Henri-Victor Beaulieu, le passage Lemonnier, dont le nom fut tiré au sort entre les deux maîtres d’œuvre, est le plus ancien passage commercial couvert de Belgique ainsi qu’un des plus ancien d’Europe ; il précède de huit ans les Galeries royales Saint-Hubert de l’architecte Jean-Pierre Cluysenaar inaugurées à Bruxelles en1847. D’ailleurs, il semble qu’il se soit intéressé de près à la construction du passage liégeois et qu’il se soit inspiré de son tracé particulier pour son propre projet. Il est vrai que la capitale de la jeune nation belge envie quelque peu ce luxueux passage dont les vastes proportions font de lui le premier du genre en Belgique.

A cette époque, le Passage Lemonnier, long de 160 m et large de 4 m, renferme cinquante six maisons dont la plupart sont à quatre niveaux ; seul le premier étage est visible depuis la galerie. Le rez-de-chaussée est occupé par une succession de commerces luxueux (magasins et arrière-magasins) alors que les étages servent d’habitations, notamment aux commerçants.

 


Historique

C’est sans doute durant l’année 1835, que l’idée de créer à Liège un passage couvert à l’instar de ceux existant à Paris va germer dans l’esprit de plusieurs habitants de la nouvelle rue de l’Université : Louis-Désiré Lemonnier, Jean-Baptiste Hanquet et Jean-Louis Rassenfosse Brouet. Les idées, c’est bien mais il fallait, au-delà de leurs économies, des fonds plus conséquent et ils les trouveront chez les banquiers Théodore Cerfontaine et Gérard Nagelmackers, et le beau-frère de ce dernier Joseph Forgeur, avocat et futur Sénateur.

À la fin du mois de juillet 1836, ils constituaient une société anonyme et acquéraient différents terrains et immeubles sur lesquels allait être construite la nouvelle galerie. Parmi ceux-ci, la Maison des Pauvres en Isle, qui existait sur le Vinâve d’Île depuis des temps très anciens. Il faut aussi mentionner que tout le quartier en Isle était en pleine transformation et surtout valorisation immobilière à l’initiative de la famille Orban avec le comblement des différents bras et autres biez de la Meuse.

Photos du Passage d’origine de 1839 à 1934:

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Vue intérieure du Passage Lemonnier depuis l’entrée de la rue Vinâve d’Ile, après 1902, photographie de l’album de Louis Dabin. © Liège, Société civile du Passage Lemonnier Vue intérieure du Passage Lemonnier, petites verrières, avant 1934, photographie de l’album de Louis Dabin. © Liège, Société civile du Passage Lemonnier. Entrée rue de l’Université, 1891-1910, carte postale (De Graeve photographe). © Liège, Centre d’Archives et de Documentation de la C.R.M.S.F., fonds de la Ville de Liège, inv. : I, 483. Le service d’incendie du Passage Lemonnier avec tout l’équipement voulu, photo figurant dans la brochure promotionnelle de 1893
© Province de Liège – Musée de la Vie wallonne.

 

Il leur fallut même une certaine audace pour se lancer dans un tel projet, tant le contexte belge et international de l’époque était tendu. C’est n’est que durant les premiers mois de l’année 1839, qu’une paix définitive s’installa entre la Belgique et les Pays-Bas.

Fin de l’année 1836, les associés se revoient pour adopter les statuts complets de leur société qui sera finalement une société en commandite simple, les sociétés anonymes, construction juridique récente, étaient fort critiquées. Leur appel à différentes offrent pour la construction n’ayant pas été un succès, c’est finalement Rassenfosse Brouet qui se proposa pour faire le travail et il dut prendre la patente d’entrepreneur pour ce faire.

Les épargnants bien que sollicités ne se précipitèrent pas non plus pour soutenir cette initiative. Si les travaux furent achevés avec une avance de six mois, sur le timing prévu, sur le plan financier ce ne fut pas un succès, tant pendant la construction qui coûta beaucoup plus cher que prévu qu’après l’ouverture du Passage Lemonnier, un certain nombre de magasins se louant difficilement, car fin de l’année 1838, à la suite de la faillite d’une banque (l’histoire se répètera), un crise financière et économique éclatait qui durera plusieurs années.

Si Cerfontaine, Nagelmackers et Forgeur avaient les moyens, il n’en fut pas de même des autres associés qui durent se retirer dans des conditions peu favorables.

 

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Lithographie de Henri Borremans représentant une partie de la rotonde  
© Archives SC du Passage Lemonnier

© Archives SC du Passage Lemonnier © Archives SC du Passage Lemonnier Vue intérieure du Café de la Renaissance, aujourd’hui The Huggy’s Bar (Premier quart du XXe siècle) Source: Livre 175 ans au Passage Lemonnier

 

Il n’en demeure pas moins que pour l’époque, le Passage Lemonnier constituait en Belgique une grande nouveauté et pour Liège un édifice assez exceptionnel, lui permettant de rivaliser avec d’autres villes d’importance. Son rayonnement alla au-delà des frontières quand nous voyons le nombre de commerçants d’origine étrangère qui vinrent s’y installer sans compter qu’il accueillit nombre de membres de nouvelle Communauté juive de Liège.

Sur le plan local, la galerie devint une attraction, la foule vint nombreuse contraignant ses gestionnaires à engager un puis plusieurs gardes pour assurer la sécurité. Mais le plus intéressant c’est que cela donna naissance au premier « Carré » de Liège, le public se promenant sur le Vinâve d’Île, la rue Cathédrale, la rue de l’Université et la rue Pont d’Île (un carré) avec au milieu le Passage Lemonnier. On en disait pas je vais « dans le carré » mais bien je vais « faire le carré ».

En 1914, une autre demande concerne l’agrandissement des vitrines et l’abaissement de leurs seuils, du côté de la rue Vinâve d’Ile. Dès cette époque, le style du passage semble quelque peu dépassé et ne correspond plus aux attentes et exigences de la vie commerciale. C’est, entre autres, pour cette raison qu’à partir de 1934, le passage est entièrement rénové par l’architecte Henri Snyers…

Photos du Passage rénové par l’architecte Henri Snyers en 1939:

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La coupole en 1939
© Site M&D Snyers

Le passage Art déco en 1939
© Site M&D Snyers
Entrée Vinâve d’île en 1939
© Site M&D Snyers
Intérieur d’une boutique en 1939
© Site M&D Snyers

 

Henri Snyers ouvre son propre atelier en 1929 et conçoit bientôt quatre villas qui vont marquer le paysage liégeois de la nouvelle architecture. Son inspiration avant-gardiste et moderne est au croisement des courants nés au sortir de la Première Guerre mondiale : les mouvements De Stijl, Art déco, et le Mouvement moderne ou modernisme.

De 1934 à 1939, Henri Snyers est chargé de la modernisation du célèbre Passage Lemonnier. Le style passe d’une ligne moderniste pour les entrées et les galeries à un dessin Art déco pour la coupole de la Rotonde. Les parties vitrées sont en pavés de verre des Cristalleries du Val-Saint-Lambert. Les statuaires de la Rotonde sont des créations de la sculptrice Madeleine Schoofs. Le Passage Lemonnier est classé Monument en 1988 au Patrimoine immobilier exceptionnel de la Région wallonne.
Aujourd’hui, le Passage Lemonnier est toujours bien là nonobstant la création dans les années 1970 avec le développement d’un des plus grand piétonnier d’Europe et d’un certain nombre de galeries.

 


Architecture
Du passage néo-classique du xixe siècle, il ne reste pas grand chose : la façade supérieure rue de l’Université, l’une ou l’autre fontaine d’origine dans des caves, les galeries latérales et leurs tuyaux de décharge en fonte ainsi qu’un porte lanterne en bronze conservée au Musée de la vie wallonne. La Salle du Casino (ou du Bazar et finalement de « La LEGIA ») fut transformée au début des années 1950 et le Café de la Renaissance qui comptait à l’origine deux niveaux, en 1900.

C’est durant les années 1934-1937, sous la conduite du Directeur Gérant de l’époque et de l’architecte Henri Snyers, qu’il fut fondamentalement transformé dans le style Art déco que nous lui connaissons encore aujourd’hui, hors la verrière et la coupole remplacées dans les années 1960. Notons que la façade supérieure sur le Vinâve d’Île fut détruite à la suite d’un bombardement en mai 1940 et que la verrière en briques demi cristal Val-Saint-Lambert fut fort abimée par la chute d’un V1 sur le Vinâve d’Île.

Les aménagements ainsi réalisés donnèrent une nouvelle jeunesse au Passage Lemonnier qui en avait bien besoin et permettant d’y accéder non plus par des escaliers mais bien par des plans inclinés.

 

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Architecte Henri Snyers
en 1928
Collection privé

Façade côté Vinâve d’île suite au bombardement intervenu la nuit du 25 mai 1940
© Archives SC du Passage Lemonnier

Salle de la Légia lors de son inauguration en 1954
© Archives famille Snyers

Ancienne salle de la Renaissance, aujourd’hui restaurant The Huggy’s Bar
© Zano’s Photography

 


Habitations

Mais le Passage Lemonnier, ce furent aussi des hommes, des femmes et des enfants. Au xixe siècle, près de trois cents personnes habitaient les 56 maisons car particularité, il fut construit sous forme de maisons indépendantes avec caves, rez-de-chaussée, trois étages et combles, avec à l’arrière accès à des passages latéraux donnant sur le Vinâve d’Île, la rue Lulay des Fèbvres ou la rue de l’Université.

 


Commerçants

Ce sont des générations de commerçants qui se sont succédé et au no 47, particularité, quasi depuis l’origine, ce furent de père en fils des opticiens. Certains professions y furent bien représentées comme les agents de change, les lithographes et les photographes, ou encore les armuriers. Par contre l’alimentaire non, sous réserve du magasin Tierentijn d’abord installé au no 50 puis rue Lulay des Fèbvres où lui succèdera en 1945, le marchand de primeurs Jean Raisier dont les affaires seront reprises par son fils, le bien connu, Traiteur Jean-Marie. Charles Michel, opticien, avait son magasin, vers 1850, au 23 dans la Rotonde.

Il est par ailleurs difficile de ne pas se rappeler ces commerces qui ont fait et font encore le Passage Lemonnier, comme notamment les Maisons Monsel, Michel, Remy (La Grande Parfumerie des Artistes), Dethine, Etincel ou encore les 100 000 Chemises et dans le présent par exemple la Maison Selection, la Maison Greven’s ou encore Optique Declerck sans oublier cette école de coupe et de couture de la famille Scafs établie dans la résidence donnant sur la rue de l’Université pendant de nombreuses années.

Qui dit des commerces, dit Associations de commerçants et la galerie a la sienne. Depuis les années septante, elle a joué, avec des hauts et des bas, un rôle important dans l’animation et la promotion. À l’origine, elle fut pourtant mal vue par les gestionnaires du Passage Lemonnier, en aucun cas cela ne pouvait devenir un « syndicat ».

Aujourd’hui, l’association des commerçants, plus dynamique que jamais, organise des grands événements et des animations toute l’année pour le plaisir des liégeois mais aussi des nombreux touristes venant des quatre coins du monde.

 


Art

De différentes manières, le Passage Lemonnier accueillit voir accueille encore des artistes et mentionnons la fresque d’Émile Berchmans chez Huggy’s Bar, les Statues de Madeleine Schoofs dans la rotonde ou encore le rideau de scène de la Salle de la Légia de Scauflaire.

 

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La peinture de Schauflaire aménagée comme rideau de scène, photo prise par Henri Snyers à l’inauguration des travaux de rénovation de la salle de la Légia
© Archives famille Snyers

Statues réalisées par Madeleine Schoofs pour la nouvelle rotonde du Passage Lemonnier dans le cadre des grandes transformations de 1934-1937: Minerve et Mercure
© Archives SC du Passage Lemonnier

Vue actuelle de la peinture de Berchmans dans le restaurant The Huggy’s Bar
© Zano’s Photography

 


Quelques photos d’archives:

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